L’informatique est maintenant au coeur des entreprises et institutions partout au travers le monde. Cette technologie augmente la productivité dans presque tous les domaines. Les investissements sont faramineux et il est normal de se demander si tous ces millions sont toujours justifiés. La réponse est simple: non. Trop souvent, des entreprises et gouvernements perdent des milliers de dollars en achats de licences quand des solutions autant sinon plus efficaces sont disponibles gratuitement sur le marché. Ils font partie de la famille des logiciels libres et nous devrions clairement les utiliser en entreprise.

D’entrée de jeu, je tiens à préciser que les logiciels libres ne sont plus du tout ce qu’ils étaient il y a dix ou même cinq ans. Ils ne sont plus réservés uniquement aux petits génies informatiques emprisonnés dans leur sous-sol. Pas plus aux gauchistes prêts à tout sacrifier pour avoir un monde totalement égalitaire. Ces logiciels sont souvent développés par des personnes mordues « désireuses de bénéficier de créations collectives et/ou souhaitant maximiser la diffusion de ses œuvres (logiciels, textes, images, vidéos, musiques) » 1. Il n’est pas rare de voir, dans les équipes de développement, une personne qui ne connaît absolument rien à l’informatique. Il s’agit souvent d’une personne passionnée qui désire avoir un outil adapté à ses besoins. C’est pour cette raison que les logiciels libres sont souvent mieux adaptés et plus performants que les solutions propriétaires. Par ailleurs, dans le monde de l’entreprise où toute décision se prend en fonction de l’argent, il est totalement absurde de dépenser des millions de dollars pour des licences d’utilisations de logiciels quand l’équivalent est disponible totalement gratuitement. Bien sûr, le processus de migration et de formation coûtera quelques dizaines de milliers de dollars, mais ces coûts s’amortiront facilement au bout de quelques années d’économies de licences. La France à déjà commencé le processus de migration et pour le ministère de la Gendarmerie nationale et leurs débuts « montrent une économie de 20 % par rapport aux solutions propriétaires Windows, grâce à l’absence des coûts de licences. » 2 Un autre atout des logiciels libres est leur capacité à s’adapter aux besoins de l’utilisateur. La réalité en entreprise est que chacune d’entre elles a des besoins spécifiques, mais elles doivent se plier aux fonctionnalités du logiciel. L’ajout ou la modification de fonctionnalités est presque impossible avec des solutions propriétaires, mais « disposer du code source permet à tout problème qui pourrait se poser d’être résolu rapidement, et de pouvoir ajouter facilement de nouvelles fonctionnalités. » 3 La création d’emplois pour le développement spécifique sur ces logiciels ouvrirait une gamme d’emploi totalement nouvelle et tous les coûts de ceux-ci seraient encore transparents pour des coûts justifiés.

D’un autre côté, beaucoup d’entreprises se plaignent que les logiciels libres ne sont pas compatibles avec tous les logiciels et toutes les pièces disponibles sur le marché. Ceci peut souvent causer des problèmes lors d’implantation de nouvelles technologies. Le partage de l’information et la centralisation des données amènent des besoins gigantesques pour les ressources informatiques. Les entreprises n’ont pas d’autres choix que de suivre le mouvement et si une technologie n’est pas compatible avec les logiciels libres, ils n’ont pas d’autres choix que de payer pour utiliser les logiciels compatibles. « Selon IDC, le marché du stockage sur disque profite de bonnes perspectives jusqu’en 2010. Le cabinet d’analyses prévoit en effet que ce marché génère un chiffre d’affaires de 29,8 Md$ en 2010. » 4. En plus, n’oublions pas que les développeurs de logiciels libres font souvent le développement à temps perdu et qu’ils ne gagnent aucun salaire pour leur travail. Il est donc prévisible de voir une vitesse de développement plus limitée qu’un logiciel propriétaire avec une équipe de plusieurs dizaines de développeurs qui travaillent à temps complet sur le logiciel. Il est assez fréquent de voir aussi un bon logiciel libre où l’équipe cesse complètement le développement par un manque de temps ou de motivation. Linus Torvalds, le fondateur lui-même de Linux et un grand participant aux logiciels libres affirme lui même: “Le seul projet à long terme que j’aie jamais eu, et conserve aujourd’hui encore, est d’améliorer Linux » 5. Finalement, les chefs d’entreprises dépensent beaucoup d’argent en salaire d’employés. Ils s’attendent à ce que leurs employés soient compétents dans leur domaine. Le problème est que les institutions ne font qu’effleurer les logiciels libres dans leurs formations. Ils se concentrent sur les besoins des entreprises qui sont le support et la maintenance des logiciels propriétaires. Il suffit de regarder la liste des cours d’informatique de divers Cégeps dans la région.

Les contre arguments énoncés si hauts ont du vrai, mais il est évident, qu’en creusant un peu plus profond, que ceux-ci manquent littéralement de sens. Les logiciels libres se conforment avec les standards définis par les autorités internationales (W3C, ISO, IEEE…). De plus, les logiciels libres s’efforcent même de comprendre les formats propriétaires afin d’offrir aux utilisateurs une compatibilité la plus élargie que possible. « Toutes les versions d’OpenOffice.org permettent l’import des documents enregistrés dans les anciens formats binaires (extensions en .doc, .xls, .ppt), et disposent également d’une option d’enregistrement dans ces mêmes formats afin de permettre l’interopérabilité avec les utilisateurs ne disposant pas d’une suite bureautique compatible OpenDocument, notamment les utilisateurs de MicrosoftOffice. » 6. Pour ce qui est de l’ajout des fonctionnalités, j’ai vu beaucoup d’exemples d’un logiciel libre en offrant beaucoup plus qu’un logiciel propriétaire. L’explication est simple, les développeurs sont des mordus et passionnés de défis. Ils ont aussi souvent eux-mêmes besoin d’utiliser le logiciel et ont une idée très précise de ce qui pourrait améliorer leur utilisation. Ils développent donc des logiciels plus adaptés et performants. Il est absurde de penser que quelqu’un puisse répondre parfaitement à un besoin sans avoir expérimenté ce besoin. Finalement, si l’éducation n’est pas adaptée aux logiciels libres, c’est que les entreprises ne font pas de demandes dans le domaine. C’est une roue sans fin qui doit être brisée dans un sens ou de l’autre. La France et le Brésil ont décidé de le faire dans un sens, à nous maintenant de décider qui brisera ce non-sens interminable.

Pour finir, je crois que tout le monde peut voir à quel point les logiciels libres répondent aux besoins de la majorité des entreprises. Le changement semble risqué à première vu pour tous chefs d’entreprises, mais en creusant un peu plus, on se rend compte que ce n’est qu’un manque d’information et qu’il faudrait travailler au niveau de la sensibilisation. Après cette mauvaise période, nous pourrions peut-être réinvestir nos impôts dans des domaines plus en danger.

1. « Qu’est-ce qu’un logiciel libre? », Association Francophone des Utilisateurs de Logiciels Libres, http://aful.org/ressources/logiciel-libre (page consultée le mardi 27 avril 2010)

2. « Logiciel libre : une porte pour le changement», cyberpresse.ca, http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/actualites/science-et-technologie/201003/26/01-4264855-logiciel-libre-une-porte-pour-le-changement.php (page consultée le mardi 27 avril 2010)

3. « Logiciel libre et viabilité commerciale», gnu.org, http://www.gnu.org/philosophy/software-libre-commercial-viability.fr.html (page consultée le mardi 27 avril 2010)

4. « Croissance attendue du marché du stockage sur disque jusqu’en 2010», reseaux-telecoms.net, http://www.reseaux-telecoms.net/actualites/lire-croissance-attendue-du-marche-du-stockage-sur-disque-jusqu-en-2010-13556.html (page consultée le mardi 27 avril 2010)

5. « Le pragmatiste du logiciel libre : entretien avec Linus Torvalds. », linux-france.org, http://www.linux-france.org/article/these/interview/torvalds/pragmatist-fr.html (page consultée le mardi 27 avril 2010)

6. « http://fr.wikipedia.org/wiki/OpenOffice.org#Import_des_documents_au_format_Microsoft_Office», Wikipedia.org, http://fr.wikipedia.org/wiki/OpenOffice.org#Import_des_documents_au_format_Microsoft_Office (page consultée le mardi 27 avril 2010)